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New Delhi : Les BRICS secoués par l’appel offensif de Téhéran

Les ministres des Affaires étrangères des BRICS lors de leur rencontre à New Delhi en Inde / Swissinfo

À New Delhi, la réunion des ministres des Affaires étrangères des BRICS met en lumière les fractures internes du groupe face à la crise iranienne. Alors que les grandes puissances émergentes cherchent à afficher une voix commune sur les dossiers internationaux, l’Iran pousse ses partenaires à adopter une position ferme contre Washington et Tel-Aviv. Une démarche qui révèle les limites du consensus au sein du bloc.

Téhéran souhaite obtenir une condamnation explicite des opérations militaires menées récemment par les États-Unis et Israël contre ses infrastructures militaires et nucléaires. Depuis la fin février, la région traverse une phase de fortes turbulences sécuritaires marquée par des frappes croisées, des menaces sur les voies maritimes stratégiques et une montée des tensions diplomatiques.

En réponse aux bombardements, l’Iran avait notamment fermé le détroit d’Ormuz, passage essentiel pour le transport mondial de pétrole, avant de mener des représailles contre plusieurs installations américaines et des pays de la région. Bien qu’un cessez-le-feu ait été conclu début avril, la situation demeure instable et les discussions visant à instaurer une désescalade durable peinent à avancer.

Cette crise place désormais les BRICS dans une position délicate. Le fonctionnement du groupe repose sur une règle fondamentale : aucune déclaration commune ne peut être adoptée sans l’accord de tous les membres. Or, les intérêts des différents États divergent profondément sur le dossier iranien.

L’un des principaux points de blocage vient des Émirats arabes unis. Intégrés récemment au sein des BRICS, les Émirats ont eux-mêmes été visés par des attaques attribuées à des groupes alliés de Téhéran, notamment le Hezbollah et les Gardiens de la Révolution. Dans ce contexte, Abou Dhabi voit difficilement comment soutenir un texte accusant exclusivement les États-Unis et Israël, sans évoquer les actions iraniennes.

Cette opposition complique fortement l’émergence d’une ligne diplomatique unifiée. Elle illustre également les défis auxquels le bloc est confronté depuis son élargissement, avec des membres aux priorités géopolitiques parfois incompatibles.

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araqchi, a dénoncé ce qu’il considère comme des violations du droit international et a exhorté les BRICS à adopter une position claire contre les opérations militaires occidentales. Tout en réaffirmant l’ouverture de son pays à la voie diplomatique, il a averti que l’Iran se réservait le droit de répondre à toute nouvelle attaque.

En parallèle, des discussions indirectes se poursuivent entre Washington et Téhéran sous médiation pakistanaise. Les négociations portent notamment sur la sécurisation du détroit d’Ormuz, les sanctions économiques et le programme nucléaire iranien.

La réunion de New Delhi apparaît ainsi comme un test important pour les BRICS. Au-delà de la crise actuelle, elle pose la question de la capacité du groupe à parler d’une seule voix sur les grands enjeux internationaux, malgré des intérêts stratégiques de plus en plus divergents entre ses membres.

Thom Biakpa

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