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Guerre en Iran : Téhéran veut rouvrir le détroit d’Ormuz… mais uniquement si le pétrole est payé en yuans, un défi direct au système du pétrodollar

Le vraquier thaïlandais « Mayuree-Naree », après une attaque, dans le détroit d’Ormuz, le 11 mars 2026/ AFP

Au cœur des tensions croissantes au Moyen-Orient, l’Iran envisagerait une mesure radicale susceptible de bouleverser l’équilibre financier international. Selon plusieurs sources citées par CNN, Téhéran étudierait la possibilité d’autoriser le passage d’un nombre limité de pétroliers par le détroit d’Ormuz à une condition précise : que le pétrole transporté soit payé en yuans chinois plutôt qu’en dollars américains.

Cette proposition intervient dans un contexte de confrontation directe avec les États-Unis et Israël, ainsi que dans un climat de pression économique intense exercée contre la République islamique. Pour les dirigeants iraniens, il s’agirait à la fois d’une réponse stratégique au blocus du détroit et d’une tentative d’affaiblir la domination mondiale du « pétrodollar ».

Le détroit d’Ormuz, point névralgique du marché énergétique

Situé entre le golfe Persique et le golfe d’Oman, le détroit d’Ormuz constitue l’un des passages maritimes les plus stratégiques de la planète. Environ 20 % du pétrole mondial y transite quotidiennement, ce qui en fait un goulot d’étranglement crucial pour l’approvisionnement énergétique international.
Depuis le début du conflit, le 28 février, ce corridor maritime est quasiment paralysé. Les conséquences se font déjà sentir sur les marchés : le prix du Brent a dépassé les 103 dollars le baril, contre environ 70 dollars avant l’escalade des hostilités.

Une stratégie pour contourner les sanctions

La proposition iranienne s’inscrirait dans une stratégie plus large visant à contourner les sanctions économiques et à obtenir une bouée de sauvetage financière. En liant l’accès au détroit à un paiement en yuans, Téhéran chercherait à renforcer sa coopération avec la Chine, tout en fragilisant l’influence du dollar dans le commerce énergétique.

Depuis plusieurs années, le système du « pétrodollar » instauré en 1974 domine le commerce mondial du pétrole, la grande majorité des transactions étant effectuées en dollars américains. En imposant l’usage de la monnaie chinoise, l’Iran tenterait de remettre en cause cet ordre établi.
Dans les faits, une grande partie du pétrole iranien est déjà destinée à la Chine. Selon des données évoquées par des responsables iraniens, au moins 11,7 millions de barils auraient transité par le détroit depuis le début du conflit, l’ensemble de ces cargaisons étant à destination de ports chinois.

Washington dénonce une « extorsion économique »

La réaction américaine ne s’est pas fait attendre. L’administration du président Donald Trump a dénoncé la proposition iranienne, la qualifiant d’« extorsion économique » et affirmant qu’elle démontre l’efficacité de la stratégie de « pression maximale » menée contre Téhéran. Les autorités américaines ont également indiqué que la marine poursuivrait l’application d’un « bouclier d’acier » dans la région, indépendamment de la monnaie utilisée pour les transactions pétrolières.
Parallèlement, les bombardiers furtifs Northrop B-2 Spirit continueraient de cibler certaines infrastructures militaires iraniennes, accentuant encore la tension militaire dans la région.

La Chine face à un dilemme stratégique

De son côté, la Chine adopte une position prudente. Pékin n’a pas officiellement accepté les conditions évoquées par Téhéran, conscient des risques de sanctions secondaires qui pourraient être imposées par le Trésor américain.
La proposition place ainsi le gouvernement chinois dans une position délicate : soutenir un partenaire stratégique tout en évitant une confrontation économique directe avec les États-Unis.

Un défi potentiel à l’ordre financier mondial

Si cette mesure était effectivement mise en œuvre, elle pourrait représenter l’un des défis les plus sérieux jamais lancés au système du pétrodollar en plus de cinquante ans. En exploitant le contrôle d’un passage maritime stratégique, l’Iran chercherait à redéfinir les règles du commerce énergétique mondial.

Reste à savoir si les grandes compagnies maritimes et les conglomérats énergétiques accepteront de prendre le risque de défier la présence navale américaine pour profiter de cette ouverture potentielle.
Dans un contexte déjà marqué par la volatilité des marchés énergétiques et les rivalités géopolitiques, l’évolution de cette proposition pourrait avoir des répercussions profondes sur l’économie mondiale.

Thom Biakpa

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