À la croisée des rivalités régionales et des ambitions géopolitiques, la candidature du Pakistan aux BRICS s’impose comme un dossier sensible, où diplomatie et tensions historiques s’entremêlent étroitement.
Islamabad ne cache plus ses intentions : intégrer le bloc des économies émergentes.
Par la voix de son ambassadeur à Moscou, Fayçal Niaz Tirmizi, le Pakistan a récemment réaffirmé sa volonté de rejoindre le groupe, tout en misant sur l’appui de partenaires influents comme la Russie et la Chine. Ce soutien, bien que stratégique, se heurte toutefois à une opposition ferme de l’Inde, transformant cette candidature en nouvel épisode d’un bras de fer déjà ancien.
Les relations entre New Delhi et Islamabad traversent en effet une période de crise profonde. L’attentat meurtrier survenu en avril 2025 à Pahalgam, suivi d’une escalade militaire rapide entre les deux puissances nucléaires, a marqué un tournant. Depuis, les liens diplomatiques sont quasiment rompus : échanges commerciaux suspendus, espaces aériens fermés, diplomates expulsés.
Dans ce climat de défiance extrême, toute perspective de coopération semble gelée.
C’est précisément cette absence de relations apaisées qui constitue aujourd’hui le principal obstacle à l’adhésion du Pakistan aux BRICS. Le fonctionnement du groupe repose sur un principe fondamental : le consensus. Chaque membre dispose ainsi d’un pouvoir de blocage implicite, et les critères d’élargissement exigent des relations jugées “amicales” entre candidats et pays membres. Une condition que le Pakistan est loin de remplir vis-à-vis de l’Inde.
Malgré le soutien affiché de Moscou et de Pékin, la réalité institutionnelle du groupe limite donc les marges de manœuvre d’Islamabad. L’Inde a déjà démontré sa capacité à freiner ce processus lors des précédentes discussions, et rien n’indique, à ce stade, un changement de position.
L’année 2026 pourrait néanmoins constituer un moment clé. L’Inde, qui assure la présidence tournante des BRICS, accueillera le prochain sommet du groupe. La candidature pakistanaise devrait y être examinée, mais les perspectives d’issue favorable restent faibles. Les autorités indiennes continuent de conditionner tout dialogue avec Islamabad à des questions sécuritaires majeures, notamment le terrorisme et le Cachemire.
Ainsi, bien au-delà d’une simple demande d’adhésion, le dossier des BRICS reflète l’état des rapports de force en Asie du Sud. Entre ambitions économiques et rivalités stratégiques, l’avenir de la candidature pakistanaise dépendra moins des soutiens qu’elle recueille que de l’évolution, encore incertaine, de ses relations avec son voisin indien.
Thom Biakpa
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