Face à la détérioration rapide de ses relations commerciales avec Washington, l’Afrique du Sud accélère son pivot économique vers l’Asie. Pretoria s’apprête en effet à conclure un accord majeur avec la Chine, visant à supprimer les droits de douane sur ses exportations vers le géant asiatique, son premier partenaire commercial.
L’accord, dont la signature est attendue cette semaine à Pékin, doit permettre aux produits sud-africains d’accéder au marché chinois sans barrières tarifaires. Une avancée stratégique pour l’économie sud-africaine, lourdement affectée par les mesures protectionnistes américaines imposées depuis l’été dernier.
Un rééquilibrage imposé par les tensions avec les États-Unis
En août, les États-Unis ont appliqué des droits de douane pouvant atteindre 30 % sur une large gamme de produits sud-africains, un niveau inédit pour un pays d’Afrique subsaharienne. Ces sanctions ont marqué un tournant dans les relations bilatérales, déjà fragilisées par des désaccords politiques profonds.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025, les échanges entre Pretoria et Washington se sont encore envenimés. Les accusations formulées par le président américain à l’encontre du gouvernement sud-africain, notamment autour de la question agricole, ont contribué à un climat diplomatique tendu, illustré par son absence remarquée au sommet du G20 organisé à Johannesburg.
La Chine, partenaire clé et relais de croissance
Dans ce contexte, la Chine apparaît comme un partenaire incontournable. Pékin a dépassé l’Union européenne pour devenir, en 2023, le premier partenaire commercial de l’Afrique du Sud. Les exportations sud-africaines vers la Chine reposent principalement sur les minerais stratégiques et les produits agricoles, secteurs clés de l’économie nationale.
Le ministre sud-africain du Commerce, Parks Tau, effectue une visite officielle en Chine de jeudi à samedi. Outre la signature de l’accord commercial, il doit rencontrer plusieurs entreprises chinoises intéressées par des projets d’investissement en Afrique du Sud, confirmant la volonté de Pretoria d’aller au-delà des échanges commerciaux pour renforcer les flux d’investissements directs.
Une stratégie de diversification assumée
Sans préciser l’étendue exacte des produits concernés par l’exemption de droits de douane, le gouvernement sud-africain assume clairement sa stratégie : réduire sa dépendance aux marchés occidentaux et sécuriser de nouveaux débouchés pour soutenir la croissance et l’emploi.
À travers ce rapprochement avec la Chine et les autres pays des BRICS, l’Afrique du Sud cherche à consolider sa place dans un ordre économique mondial de plus en plus fragmenté, où les alliances commerciales deviennent aussi des choix politiques.
Thom Biakpa
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