Une page web, un slogan en zoulou (Savumelana) qui signifie « mettons-nous d’accord » et un formulaire de dons. Il n’en fallait pas davantage pour rallumer, au sein de l’African National Congress, les braises d’une succession qui ne dit pas encore son nom.
Depuis la mise en ligne, fin février 2026, du site pm27.org.za, la question d’une possible candidature de Patrice Motsepe à la tête du parti s’est invitée dans le débat politique sud-africain au grand agacement de la direction.
Une campagne sans candidat déclaré
Le site présente le milliardaire comme l’homme capable de restaurer l’unité et la crédibilité d’un mouvement fragilisé électoralement. Selon le média sud-africain IOL, des fonds auraient déjà été collectés. Pourtant, l’intéressé nie toute implication directe et répète ne pas briguer la présidence du parti.
Le paradoxe est entier, une campagne active sans candidat officiellement en lice. Ce décalage nourrit les soupçons et exacerbe les tensions internes, à dix-huit mois de la conférence nationale de décembre 2027.
L’appareil du parti hausse le ton
Début mars, le Comité exécutif national de l’ANC a exprimé sa « vive préoccupation » face aux mobilisations anticipées, rappelant qu’aucune campagne pour des postes de direction ne devait précéder la conférence. La ligne est claire : priorité aux élections municipales de 2026, sous peine de sanctions disciplinaires pour les contrevenants.
Le secrétaire général, Fikile Mbalula, avait déjà averti en janvier que l’heure n’était pas aux ambitions personnelles, suggérant que les ressources financières de Motsepe seraient plus utiles à soutenir la campagne locale du parti. Interrogé sur pm27.org.za, il s’est abstenu de tout commentaire direct.
Derrière la réaction officielle se lit une inquiétude plus profonde. Celle sur l’ouverture prématurée de la bataille pour la succession de Cyril Ramaphosa, qui ne pourra briguer un troisième mandat consécutif à la tête du parti.
Un magnat entre affaires et football
À 62 ans, Patrice Motsepe incarne une trajectoire atypique dans l’arène politique. Fondateur d’African Rainbow Minerals en 1997, après des études de droit à l’Université du Witwatersrand, il s’est imposé comme l’un des hommes les plus riches du continent. Beau-frère du président Ramaphosa, il a récemment quitté ses fonctions exécutives au sein de son groupe minier pour un rôle non exécutif, un mouvement interprété par certains comme un désengagement stratégique.
Sur le plan international, il préside la Confédération africaine de football depuis 2021, une fonction qui lui confère une visibilité continentale mais peu d’expérience gouvernementale directe.
C’est précisément sur ce terrain que ses détracteurs l’attaquent. L’analyste Sandile Swana souligne qu’il n’a dirigé ni municipalité, ni province, ni ministère. À l’inverse, d’autres observateurs mettent en avant sa capacité à créer des emplois et à gérer des organisations complexes, des compétences que certains estiment transférables à la direction d’un parti et, potentiellement, de l’État.
Une succession déjà ouverte
Si la direction de l’ANC tente de refermer la parenthèse PM27, la question de la relève est bel et bien posée. Aux côtés de Mbalula, le vice-président Paul Mashatile figure parmi les prétendants pressentis. Le Premier ministre du Gauteng, Panyaza Lesufi, est également cité, bien qu’il évite pour l’instant toute déclaration sur le cas Motsepe.
Le contexte électoral pèse lourd. Aux législatives de 2024, l’ANC est tombé à 40,18 % des voix, loin des 65,9 % obtenus en 2009, et a dû former un gouvernement d’union nationale. Cette érosion nourrit l’argument des partisans d’un profil « neuf », capable de réconcilier électorat urbain, milieux d’affaires et base militante historique.
L’équation de 2027
La conférence nationale de décembre 2027 sera décisive, non seulement pour la direction du parti, mais pour l’orientation politique de l’Afrique du Sud à l’horizon des prochaines élections générales.
Dans cette perspective, l’épisode PM27 agit comme un révélateur : il expose les lignes de fracture d’un parti partagé entre fidélité à ses cadres historiques et tentation d’un leadership issu du monde des affaires.
Patrice Motsepe, qu’il le veuille ou non, est désormais au centre du jeu.
Cette dynamique est-elle un ballon d’essai orchestré par des soutiens zélés ou le premier acte d’une bataille de succession qui ne dit pas encore son nom ? L’avenir nous le dira.
Thom Biakpa
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