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Russie : Le Kremlin coupe WhatsApp et ouvre une nouvelle ère du contrôle numérique

Depuis ce jeudi 12 février, WhatsApp ne fonctionne plus en Russie/ RTBF Actus

La coupure est nette. Depuis ce jeudi 12 février 2026, WhatsApp ne fonctionne plus en Russie. La décision, officiellement confirmée par le Kremlin, marque une étape supplémentaire dans la transformation profonde de l’espace numérique russe. Derrière l’argument juridique avancé par Moscou se dessine une stratégie plus large : redessiner l’internet national autour d’acteurs locaux et réduire l’influence des plateformes étrangères.

Une rupture annoncée

Ce n’est pas une surprise totale. Depuis plusieurs années, les autorités russes multiplient les pressions sur les géants technologiques occidentaux. En cause : la loi de 2015 sur la localisation des données, qui impose aux entreprises numériques de stocker les informations des utilisateurs russes sur des serveurs situés en Russie.
Selon Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, WhatsApp, propriété du groupe Meta, a refusé de se conformer à cette obligation malgré plusieurs avertissements. Le blocage serait donc la conséquence logique d’un « non-respect persistant » de la législation nationale.
La porte reste entrouverte : Moscou affirme qu’un retour du service serait possible si l’entreprise accepte de coopérer. Mais en l’absence de négociations concrètes, l’interdiction pourrait s’installer dans la durée.

Un coup dur pour plus de 100 millions d’utilisateurs

Pour les Russes, l’impact est immédiat. WhatsApp figurait parmi les deux messageries les plus utilisées dans le pays, aux côtés de Telegram. Outil du quotidien pour les échanges familiaux, professionnels et commerciaux, l’application était solidement ancrée dans les habitudes numériques.
À l’échelle mondiale, WhatsApp revendique plus de deux milliards d’utilisateurs actifs mensuels et traite environ 100 milliards de messages par jour. Son chiffrement de bout en bout, généralisé en 2016, constitue l’un de ses principaux arguments en matière de sécurité.
Meta a dénoncé la décision russe, estimant qu’elle fragilise la confidentialité des communications de millions de personnes. L’entreprise affirme chercher des solutions pour maintenir l’accès au service, sans préciser les moyens techniques envisagés.

La Russie sur les traces du modèle chinois ?

La Russie n’est pas pionnière en la matière. Depuis 2017, WhatsApp est inaccessible en Chine, où le « Grand Firewall » encadre strictement l’accès aux services numériques étrangers. Pékin a construit un écosystème fermé dominé par WeChat, une super-application développée par Tencent qui combine messagerie, paiements, services administratifs et réseau social.
Moscou semble aujourd’hui s’inspirer de cette architecture. Mais là où la Chine a mis plus d’une décennie à consolider son modèle, la Russie accélère le processus depuis le début du conflit en Ukraine en 2022. Les blocages successifs de Facebook, Instagram, X, LinkedIn, YouTube et FaceTime témoignent de cette dynamique.
L’interdiction de WhatsApp constitue toutefois un seuil symbolique : elle touche directement la communication interpersonnelle quotidienne, bien au-delà des réseaux sociaux.
MAX, pilier du nouvel écosystème russe
Au centre de cette reconfiguration numérique se trouve MAX, une application développée par le groupe VK et lancée en 2025. Présentée comme une « super-application » nationale, elle intègre messagerie, services administratifs et fonctionnalités commerciales.

Fin 2025, MAX revendiquait déjà 75 millions d’utilisateurs. Depuis le 1er janvier 2026, elle est préinstallée sur tous les nouveaux appareils vendus dans le pays. Les employés du secteur public, enseignants et étudiants sont tenus de l’utiliser dans leurs échanges professionnels, et de nombreux services administratifs ne sont désormais accessibles que via cette plateforme.
Mais contrairement à WhatsApp, MAX ne propose pas de chiffrement de bout en bout. Ce point suscite l’inquiétude d’experts en cybersécurité et de juristes, qui redoutent un outil facilitant la surveillance étatique. Les autorités rejettent ces accusations et présentent l’application comme un instrument de souveraineté technologique.

Telegram dans la ligne de mire

L’offensive ne s’arrête pas là. Telegram fait également l’objet de restrictions progressives pour des motifs similaires liés au stockage des données. Son fondateur, Pavel Dourov, a dénoncé une atteinte aux libertés numériques.
Si Telegram venait à subir le même sort que WhatsApp, les alternatives étrangères de messagerie seraient pratiquement éliminées du paysage russe. Dans ce contexte, les réseaux privés virtuels (VPN) deviennent un recours central pour contourner les blocages, bien que leur promotion soit désormais restreinte par la législation.

Vers un internet cloisonné

Au-delà du cas WhatsApp, c’est la trajectoire numérique de la Russie qui se redessine. L’objectif affiché par les autorités est clair : réduire la dépendance aux infrastructures occidentales et renforcer le contrôle national sur les flux de données.
Pour ses partisans, cette orientation relève d’une stratégie de souveraineté indispensable dans un contexte géopolitique tendu. Pour ses détracteurs, elle marque une contraction progressive de l’espace de liberté numérique.
L’interdiction de WhatsApp n’est donc pas seulement une décision technique ou juridique. Elle symbolise une mutation plus large : celle d’un internet russe de plus en plus autonome et de plus en plus fermé.

Thom Biakpa

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