Dans les rues calmes et arborées de Hyde Park, quartier huppé du nord de Johannesburg, les sirènes de police ont brisé la routine matinale. Jeudi 19 février, sous les regards médusés des riverains, Bellarmine Chatunga Mugabe, fils cadet de l’ancien président zimbabwéen Robert Mugabe, a été escorté menotté hors de sa résidence par des inspecteurs de la brigade criminelle du Gauteng. À 29 ans, il doit désormais répondre devant la justice sud-africaine d’une accusation de tentative de meurtre visant un employé de maison.
Un jardinier grièvement blessé
L’alerte a été donnée en début de matinée. À leur arrivée sur les lieux, les forces de l’ordre ont découvert un jeune homme de 23 ans, employé comme jardinier sur la propriété, touché par balle. Transporté en urgence à l’hôpital, il se trouvait dans un état critique. La villa, dissimulée derrière de hauts murs caractéristiques des résidences sécurisées de Johannesburg, a immédiatement été bouclée. Selon le colonel Dimakatso Nevhuhulwi, porte-parole de la police du Gauteng, les circonstances exactes de la fusillade demeurent floues. Le mobile n’a pas encore été établi et l’enquête se poursuit.
Deux hommes ont d’abord été interpellés avant que Chatunga Mugabe ne soit formellement identifié parmi les suspects. Les autorités indiquent que les personnes arrêtées n’ont pas coopéré avec les enquêteurs. L’arme utilisée n’a, à ce stade, pas été retrouvée, et la police affirme ne pas pouvoir déterminer avec certitude qui a tiré.
L’héritage controversé d’un nom
Depuis la disparition de Robert Mugabe en septembre 2019, à l’âge de 95 ans, la famille de l’ancien chef d’État s’est progressivement éloignée du premier plan politique. Après 37 années passées à la tête du Zimbabwe, renversé en 2017, Robert Mugabe laissait derrière lui un héritage profondément clivant.
Ses proches, dont sa veuve Grace Mugabe et ses fils, partagent aujourd’hui leur temps entre le Zimbabwe et l’Afrique du Sud.
Mais malgré ce retrait apparent, les polémiques continuent d’émailler le parcours familial.
Robert Mugabe Jr., frère aîné de Chatunga, a récemment été sanctionné d’une amende après avoir reconnu une affaire de possession de cannabis au Zimbabwe. Quant à Grace Mugabe, elle avait été accusée en 2017 d’avoir agressé une jeune mannequin dans un hôtel de Johannesburg. Elle avait quitté l’Afrique du Sud après avoir obtenu l’immunité diplomatique, échappant à des poursuites judiciaires.
Une affaire aux répercussions symboliques
L’arrestation de Chatunga Mugabe ravive ainsi l’attention portée à une famille dont le nom demeure indissociable de l’histoire politique du Zimbabwe. Si l’enquête sud-africaine suit son cours, l’affaire pourrait également avoir une portée diplomatique, compte tenu du passé et du statut de la famille.
Pour l’heure, la justice sud-africaine devra établir les responsabilités dans une affaire qui, au-delà du fait divers, rappelle combien l’ombre de l’ancien régime continue de planer sur ses héritiers.
Thom Biakpa
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