La dédollarisation désigne le processus par lequel des États cherchent à réduire leur dépendance au dollar américain dans leurs échanges commerciaux, leurs réserves de change et leurs transactions financières internationales. Cette stratégie vise à limiter l’influence économique des États-Unis et à se prémunir contre les risques liés aux sanctions américaines ou aux fluctuations du billet vert.
Depuis plusieurs années, des puissances comme la Russie, l’Iran ou les membres des BRICS multiplient les accords bilatéraux en devises locales pour contourner le système financier dominé par Washington.
Pékin vient de franchir une étape significative dans cette bataille monétaire mondiale. Xi Jinping a publiquement affirmé sa volonté de transformer le yuan en monnaie de réserve internationale, une déclaration sans précédent par sa clarté.
Le président chinois a détaillé sa vision dans un texte paru le 1er février 2026 dans Qiushi, la revue idéologique du Parti communiste chinois, appelant à bâtir une « monnaie puissante » capable de s’imposer dans le commerce, les investissements et les marchés des changes à l’échelle planétaire.
Xi Jinping fixe un cap ambitieux pour le yuan sur les marchés mondiaux
Pour atteindre cet objectif, le dirigeant chinois a identifié plusieurs piliers indispensables : une banque centrale renforcée, des institutions financières compétitives au niveau mondial et des centres financiers capables d’attirer les capitaux étrangers tout en influençant la formation des prix internationaux. Cette feuille de route témoigne d’une ambition structurelle qui dépasse la simple rhétorique diplomatique.
Han Xinlin, directeur du bureau Chine d’Asia Group, estime toutefois que Pékin ne cherche pas à détrôner le dollar à court terme. L’analyste considère que l’objectif serait plutôt de faire du yuan « un contrepoids stratégique, capable de limiter l’influence des États-Unis dans un système financier de plus en plus fragmenté ».
Les chiffres actuels montrent l’ampleur du chemin à parcourir. Au troisième trimestre 2025, le dollar représentait encore environ 57 % des réserves mondiales de change, contre 71 % en 2000. L’euro se maintient autour de 20 %, tandis que le yuan stagne à la sixième place avec seulement 1,93 % des réserves officielles selon le FMI. La dette libellée en yuan ne pèse que 0,8 % du marché obligataire mondial.
Le système financier chinois face au défi de la confiance internationale
Malgré ces handicaps, Pékin enregistre des avancées notables. Le yuan s’est hissé au rang de deuxième monnaie la plus utilisée pour le financement du commerce mondial depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022. Le système de paiement interbancaire chinois CIPS traite désormais environ 700 milliards de yuans quotidiennement, soit près de 100 milliards de dollars, même si ce volume reste très inférieur aux quelque 2 000 milliards de dollars transitant chaque jour par le système américain CHIPS.
Les obstacles demeurent considérables. Les contrôles de capitaux maintenus par Pékin, la convertibilité limitée du yuan et les interrogations persistantes sur la transparence du système financier chinois freinent l’adoption internationale de la devise. Kelvin Lam, économiste spécialiste de la Chine, souligne que « la priorité de la politique de change chinoise reste la stabilité du renminbi et son rôle de réserve de valeur ».
La publication des propos de Xi Jinping intervient alors que les marchés financiers mondiaux traversent une période d’incertitude et que la confiance envers le dollar américain montre des signes d’érosion. Plusieurs banques centrales réévaluent actuellement leur exposition aux actifs libellés en dollars. Cette conjoncture pourrait offrir à Pékin une fenêtre d’opportunité pour accélérer l’internationalisation de sa monnaie, à condition de mener les réformes structurelles nécessaires pour rassurer les investisseurs étrangers.
Thom Biakpa
Leave a comment